17/09/2009

Paranoia Birthday – Il Ne Restera / Hesta

HHH_88Emanation personnelle du fondateur du label bruxellois Young Girls Records, hébergeur de talent d’artistes inclassables parmi lesquels le farouchement indépendant Maurizio Bianchi et sa très recommandable Dekadenz, Paranoia Birthday nous présente au format CD-R ultra-limité (50 copies chacune) deux œuvres éditées par FF HHH, autre maison belge dans les marges (et pas qu’un peu).

Le premier EP deux titres Il Ne Restera est tout particulièrement intéressant, en dépit de son champ d’action fréquenté par l’incroyable Jim O’Rourke sur son magnifique I’m Happy, tout récemment réédité. Tournant sur d’obsédantes boucles à l’orgue qui virent de plus en plus à l’orage (sans qu’il ne craque jamais), Ni L’Amour prend tout son sens quand on l’écoute au casque. Harcelant et grésillant, le morceau termine par rendre complètement dingue, comme si un essaim de robots dans le brouillard cherchait à se faire embaucher dans un montre sidérurgique broyeur d’humains. Impressive. Le second titre Les Larmes nous entraîne dans les restes chauds d’un concerto pour orgue démoli par Fennesz (ou capté sur Radio Tirana), un UFO tournoyant à l’horizon. Avant une brève conclusion proto rock où une mélodie vocale – très – mal chantée sur un air joué sur chaîne hi-fi décomplexera tous les chanteurs en salle de bains de la planète.

Tout en anti-climax spatialisé, le second EP Hesta gargarise en toute volatilité les affres spatiales d’une musique obsédante débarrassée de toute tentation planante. Pleinement fantomatique et lunaire, le drone qui peuple le morceau-titre semble promis à une séance d’envoûtement vers l’au-delà, planté du côté de Henry Chopin ou d’Eliane Radigue. A la fois abstrait et inquiétant, le second et dernier titre Something Will Be The End Of… affronte un gang d’aliens déguisés en jardiniers mutants, entre autres explications improbables d’un monde qui offre des heures incomparables à nos imaginaires malades. Et hors de toute aseptisation, forcément insipide et indolore, la surprise guette au coin de chaque seconde, entretenue dans un cyberespace qui n’a jamais été aussi réel, ni prenant.

 

Deux EP : Paranoia Birthday Il Ne Restera / Hesta (FF HHH)


Hesta - Paranoia Birthday

11/08/2009

Maurizio Bianchi – Dekadenz

mb dedadeknzA près de cinquante-cinq ans au compteur, dont treize de silence musical complet (1984 – 1997), Maurizio Bianchi poursuit son œuvre pianistique en toute liberté, mi-anarchique mi-décadente. Boulimique du travail enregistré, le musicien italien a produit des dizaines d’œuvres, sous le pseudonyme de Sacher-Pelz, sous son propre nom (parfois abrégé M.B.) ou en collaborations (dont le projet M.B. + E.D.A. sur le label Baskaru), sans même parler de ses œuvres éditées en 1981 et 1982 sous le moniker de Leibstandarte SS MB qu’il ne considère pas comme faisant partie de sa discographie.

Auteur déjà d’une petite dizaine de réalisations rien qu’en ces six premiers mois de 2009 (c’est Machinefabriek qui doit l’avoir mauvaise), le Milanais a trouvé en le micro-label belge Young Girls Records – il est à suivre ! – une structure en parfaite adéquation avec sa philosophie, libertaire et audacieuse. Tout en demeurant d’une parfaite musicalité accessible à tout qui a déjà exploré l’univers qui sépare Charlemagne Palestine de Delphine Dora, les huit compositions de Dekadenz explorent les limites sonores d’un piano décadent (d’où le titre), dont les notes sont tenues par une utilisation de la pédale sostenuto, tout en étant assourdies par l’emploi de la pédale de sourdine. Enchaînés et joués sur des tempi plutôt allègres (à l’exception d’Adsorbente), les morceaux évoluent dans un registre tonal emprunt d’une modernité alla jazz, elle évoque la subtilité mélancolique des pianistes juifs d’Europe centrale (on se reportera à la magnifique série Entartete Musik de Decca), transposée en une vigueur contemporaine d’un magnifique désespoir lunaire. En d’autres temps troublés, elle aurait valu à son auteur l’exil, voire le camp de concentration. Une raison supplémentaire et ultime de l’écouter, en toute irrévérence.

 

Un disque : Maurizio Bianchi Dekadenz (Young Girls Records)


Ecmenesia - Maurizio Bianchi

Deciduo - Maurizio Bianchi